Qui se cache derrière les Plastic Attacks, ces militants qui déballent le plastique dans les supermarchés ?

Au Canada, en Belgique et maintenant en France… Les Plastic Attacks partent à la conquête du monde. Ces actions anti-plastique devant les supermarchés sont organisées par des militants pacifistes pour montrer l’absurdité du suremballage. Vous aussi, vous vous êtes déjà retrouvé à devoir affronter quatre couches de plastique avant de pouvoir déguster votre pastèque ?

Le 2 juin, Paris sera victime d’une Plastic Attack. Les clients seront invités à faire leurs courses, à passer en caisse puis à laisser tous les plastiques d’emballages dans des caddies installés à l’entrée. Une première action avait été initiée fin mars dans un supermarché Tesco à Bristol, dans le Sud de l’Angleterre, puis à Bruxelles le 7 avril, et à Montréal le 6 mai dernier. Le mois prochain, ce n’est pas seulement Paris qui est visée mais aussi une cinquantaine de villes du monde entier, des Pays-Bas à la Corée du Sud en passant par les Etats-Unis.

Le but ? Montrer l’inutilité du suremballage d’abord, mais aussi amener les consommateurs à mieux consommer en achetant le moins de plastique possible, et même inciter les enseignes de grande distribution à prendre conscience du problème et à changer leurs habitudes d’emballage.

Derrière ces actions, on trouve des militants anti-plastique. Les 25 consommateurs britanniques soucieux de l’environnement qui ont initié le premier événement ont ensuite été rejoints par des centaines de militants du monde entier jusqu’à atteindre 500 participants à la Plastic Attack de Bruxelles. Selon Tony Mitchell, qui a organisé la première action, trois caddies ont été remplis de plastique abandonné. Il ajoute que le personnel du supermarché a même encouragé la manifestation. « Le patron du magasin était là et, d’après ce plusieurs personnes ont dit, il était d’accord avec nous ».

Fanny Vismara coordonne les Plastic Attacks francophones. Elle travaillait dans l’audiovisuel et a mis son activité entre parenthèses le mois dernier pour se consacrer entièrement à cette cause. « Je suis une citoyenne comme tout le monde, je suis sensible à l’écologie depuis toujours et j’ai eu envie de passer à l’action. » Elle est plongée dans les préparatifs de l'action parisienne du 2 juin. « J'appelle ça le grand déballage ! Une scénographe me donne un coup de main pour faire les pancartes et on a commencé à réfléchir aux slogans. Il y a tout le matériel, dont les caddies, à trouver. Il faut aussi faire du repérage, et écrire un protocole pour que toutes les équipes françaises puissent faire la même chose. Bref, il y a du boulot." Pour l'encadrement, elle sera aidée d'élèves de l'International Terra Institute, qui propose des formations en Développement Durable. Le prochain défi à relever ? Une action en Nouvelle-Calédonie, plus réfractaire à ces manifestations qui ont déjà lieu dans le monde entier.

Plastic Attack est un mouvement citoyen et entièrement pacifiste. La non-violence est importante pour les militants, qui insistent sur leur simple désir de sensibiliser. Caroline Thibault, coorganisatrice du mouvement à Montréal, a réagi sur la chaîne locale RDI : « On accepte les arguments d’insalubrité et de conservation, mais nous on lutte au niveau du suremballage. Je donne souvent l’exemple de ce concombre anglais qui est emballé pour une meilleur conservation. Il n’y a aucune raison de l’emballer trois fois de plus dans une extra pellicule plastique. Le problème est global, nous on veut créer une image et montrer à quel point c’est problématique ». Fanny Vismara va plus loin puisqu'elle tient à ce que le supermarché parisien visé accepte que l'action y prenne place. « On est plus de 300 participants et les inscriptions ne sont pas terminées. Selon mes estimations on devrait déjà remplir au moins 70 caddies. Mais il ne faut pas que le supermarché soit réfractaire, on veut être réglo. »

Les grandes surfaces ne sont pas les seules visées, le but est aussi de sensibiliser les politiques. A Paris, à Bruxelles et à Bristol, les organisateurs veulent inciter les parlementaires à agir et à diminuer la production de plastique au moyen d’une pétition. Et ça fonctionne puisque la Première ministre britannique Theresa May a récemment appelé les enseignes de supermarchés à créer des rayons sans emballages plastique et à facturer séparément les contenants en plastique à usage unique. On attend avec impatience la réaction du gouvernement français.

Difficile de ne pas être d’accord avec eux, quand on sait que plus de 6 milliards de tonnes de déchets plastiques ont été générés par l'homme depuis les années 1950, et qu’un continent de plastique de trois fois la taille de la France a été découvert l’année dernière flottant au large du Pacifique. Apparemment, la grande distrib aurait entendu le message. Tesco a annoncé son intention de réduire l’usage des emballages en plastique en visant des emballages 100 % recyclables ou compostables d’ici 2025. C’est bien beau mais c’est dans sept ans, difficile de ne pas y voir des paroles en l’air.

En attendant, les actions Plastic Attacks font leur petit effet sur la population. Comme Eva, qui est tombée par hasard sur celle de Bruxelles, et qui avoue avoir reçu un électrochoc. « Toute cette quantité de plastique, c’était impressionnant. J’étais déjà sensible à l’environnement mais sans vraiment faire d’effort. Maintenant j’ai décidé de faire plus attention, j’achète en vrac et j’apporte même mes propres contenants réutilisables quand je commande à emporter au restaurant. Les fruits et légumes ont naturellement une peau qui les protège, pas besoin de plus. »

Si le concept vous intéresse mais qu’aucune action n’est prévue prochainement dans votre ville, aucun problème. La page Facebook Plastic Attack aide très facilement les consommateurs du monde entier à en organiser une dans leur supermarché local. Pour passer de consommateur à consomm’acteur.